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Contrôler les institutions internationales pour manifester
notre solidarité
Bernard Cassen, Attac France
Comme l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie ou le Royaume-Uni, la France
est un membre important de l'Union européenne (UE) et elle
peut contribuer à infléchir ses politiques, voire,
dans certains cas, à les mettre en échec, notamment
à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ; elle dispose
d'un siège d'administrateur au Fonds monétaire international
(FMI) et à la Banque mondiale ; elle est membre de l'Organisation
de coopération et de développement économiques
(OCDE) où les décisions se prennent par consensus
et requièrent donc sa voix ; elle fait partie de l'Organisation
du traité de l'Atlantique Nord (Otan), régie en théorie
par la même règle de l'unanimité ; elle est
membre titulaire du Conseil de sécurité de l'Organisation
des Nations unies (ONU).
Bref, car ce ne sont là que les principales organisations
multilatérales auxquelles elle appartient, elle dispose d'une
large panoplie d'instruments dont bien peu de gens, et même
pas les parlementaires, savent vraiment l'usage qu'elle en fait.
C'est pourtant au sein de ces instances - dont la plupart ont pour
unique objectif de promouvoir et d'encadrer la mondialisation libérale
- que se prennent les décisions structurantes pour de très
nombreux pays, en particulier ceux en développement. Et ces
décisions sont ensuite présentées à
l'opinion comme celles, contraignantes, de " Bruxelles ",
de l'OMC, du FMI, de la Banque, de l'OCDE, etc., comme s'il s'agissait-là
d'entités extérieures auxquelles il n'y aurait d'autre
choix que de se soumettre, alors même que des représentants
des gouvernements les ont explicitement approuvées.
Il est donc grand temps de placer ces institutions sous les projecteurs
de l'opinion et de demander des comptes à ceux qui, en notre
nom, décident des politiques qui y sont menées. Car
c'est effectivement là que les choses sérieuses se
passent ! Et, quand des citoyens aspirent à exercer le pouvoir
ou à le soutenir au Parlement, il ne paraît pas extravagant
de connaître leur position sur ces vastes zones d'ombre de
la démocratie.
Tout doit commencer par les mécanismes de décision
de l'Union européenne, car les affaires communautaires sont
de plus en plus des affaires françaises, belges, espagnoles,
allemandes, etc. Et, en règle générale, la
moulinette communautaire, à quelques exceptions près,
fonctionne comme une implacable machine à libéraliser,
à privatiser et à flexibiliser, indépendamment
des aspirations des populations. Ainsi, par une alchimie à
rebours, l'attachement général des opinions aux services
publics se transforme en politiques communautaires de laminage de
ces mêmes services publics
Quelles que soient les institutions que chacun souhaite pour l'avenir
de l'Europe, il est urgent d'y introduire une forte dose de contrôle
des élus. Des solutions existent, à condition qu'existe
aussi la volonté politique. Les parlementaires devraient
être les premiers à exiger de ne pas être réduits
au statut de figurants - et les citoyens avec eux - dans ces domaines
essentiels que sont les affaires européennes.
Si les mécanismes de décision de l'UE accusent un
considérable déficit démocratique, ceux régissant
les positions que prennent les gouvernements dans les institutions
financières internationales relèvent, eux, pratiquement
du secret. Quant on connaît le rôle catastrophique joué
par la Banque mondiale et le FMI dans la plupart des pays en développement,
on est en droit, par exemple, de savoir quelles mesures l'administrateur
français de ces deux institutions (dont la France détient
5 % du capital) soutient ou combat. On connaît malheureusement
la réponse : alignement systématique, comme les autres
pays européens, sur les positions de Washington. En Asie,
en Afrique, en Amérique latine, les peuples saignés
à blanc par le poids de la dette externe et, en conséquence,
victimes des programmes d'ajustement structurel et de leurs "
conditionnalités ", qui ne sont rien d'autre que la
mise en uvre de programmes ultralibéraux, s'en prennent
à juste titre à la Banque mondiale et au FMI. Mais
il seraient en droit de mettre également en accusation les
gouvernements qui y font la loi - dont le gouvernement français
-, et donc ceux qui les laissent agir ainsi : nous les citoyennes
et les citoyens.
Actuellement, ces décisions sont la chasse gardée
du ministère des finances. Cette situation est intolérable
et met les mouvements sociaux, tout comme les élus, en porte-à-faux
avec ceux des pays avec lesquels ils veulent manifester leur solidarité.
Si nous voulons être conséquents, la première
de ces solidarités est d'exiger un contrôle parlementaire
public, et en temps réel, des position des représentants
du gouvernement français. La création d'une structure
parlementaire permanente pourrait permettre d'exercer cette mission.
Cette dernière ne se limiterait pas à la Banque et
au FMI : elle s'étendrait évidemment à l'OMC
et à l'OCDE - postes avancés de la mondialisation
libérale -, mais aussi à l'OIT, à l'OMS, à
la FAO, au PNUD, à l'Organisation mondiale de la propriété
intellectuelle (OMPI) et à des dizaines d'autres institutions
multilatérales où se prennent des décisions
qui nous affectent directement, mais que personne, à part
le ministère directement concerné, ne contrôle
ni même ne connaît.
Il y a là un gigantesque champ pour l'exercice de la démocratie,
pratiquement laissé en friche par les structures et les pratiques
de représentation actuelles. Ce champ est international.
Se l'approprier, pour les élus comme pour les citoyens, c'est
quitter le territoire de la politique spectacle et du jeu d'ombres
hexagonal, et pénétrer dans le véritable saint
des saints des enjeux de pouvoir. L'exigence démocratique
nationale, tout comme celle de la solidarité avec le reste
du monde, n'ont d'autres frontières que celles de la planète
tout entière.
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