Headlines

SMSI: Hote d’honneur du Sommet de l’information a Geneve, Ben Ali laisse mourir ses opposants

Carole Vann* - InfoSud

Genève, Dec 2 2003 (IPS) - Radhia Nasraoui, la prestigieuse avocate tunisienne en grève de la faim depuis un mois et demi, est en danger de mort. Chirac devait visiter mercredi la Tunisie. Fera-t-il pression sur le pays qui co-organise le SMSI avec la Suisse?

La semaine prochaine, le président tunisien Ben Ali sera un « hôte d’honneur » du Sommet mondial sur la société de l’information à Genève, puisque Tunis en abritera la deuxième phase en 2005. Mais ce pays qui s’est prétendu récemment « à la pointe des droits de l’homme » peut-il se rendre présentable alors que de nombreux opposants meurent à petit feu en réclamant l’application de ces mêmes droits?

D’importantes manifestations sont prévues à Genève pour protester contre la venue du dirigeant tunisien, ainsi que d’autres leaders de pays qui entravent la liberté d’expression.

Radhia Nasraoui, une prestigieuse avocate engagée dans la défense des démunis, risque la mort selon ses médecins, après plus de 45 jours de grève de la faim. Dans les geôles tunisiennes, des dizaines de prisonniers politiques sont dans un état grave pour la même raison.

Radhia Nasraoui, mère de trois filles entre 5 et 16 ans, est déterminée à poursuivre sa grève tant que Ben Ali n’ordonnera pas « une enquête sérieuse sur les nombreuses plaintes que j’ai déposées pour agressions et harcèlements de la part des flics », soutenait-elle hier d’une voix affaiblie au téléphone.

La deuxième phase du Sommet à Tunis : « Une aberration »

Ces dernières années, la pression n’a pas cessé : logement incendié, cabinet fouillé et saccagé, téléphones sans cesse coupés, intimidations sur ses filles et ses amis, fouilles répétées à l’aéroport lors de ses voyages, ajoute-t-elle : « Ils m’ont arraché les dossiers de mes clients qui habitent à l’étranger, ils sont allés menacer mes clients jusqu’en prison. Ils cherchent à m’écarter des procès ».

Mais l’avocate reçoit un soutien inconditionnel de ses collègues du barreau qui se relaient pour faire la grève de la faim à ses côtés.

L’avocate attend une déclaration officielle du président. Il aurait deux bonnes raisons pour que ce dernier accède à sa demande : « Ben Ali va se rendre au Sommet de l’information, et le cas de Radhia fait désordre», explique à Genève Christine Ferrier de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT). Par ailleurs, le président français Jacques Chirac devait rendre visite mercredi à son homologue tunisien. A Paris, le Quai d’Orsay (Affaires étrangères) a déclaré que les deux pays suivaient de près l’affaire.

Pour l’avocate, la décision de tenir le deuxième volet du Sommet à Tunis en 2005 est une aberration « dans un pays où il n’y a aucune liberté de presse, où les messages électroniques sont systématiquement contrôlés et censurés. On n’a pas le droit d’apporter sa propre disquette dans les cybercafés et des agents de police vérifient les textes imprimés ». De quelles libertés parle-t-on donc dans un pays où consulter les sites de Libération ou de Reporters sans frontières est un délit passible de prison ?

Le jeune internaute libéré ne voit pas d’amélioration

Le jeune internaute Zouhair Yahiaoui en a fait lui-même l’expérience. Ce cyber-journaliste a été condamné à deux ans de prison pour « propagation de fausses nouvelles » et « utilisation frauduleuse de lignes internet ». En fait, il avait fondé son propre web-magazine, TUNeZINE, dans lequel il avait publié une lettre ouverte au président Ben Ali.

Ce texte, signé par son oncle, le juge Mokhtar Yahyaoui, dénonçait de dysfonctionnement de la justice en Tunisie. Ce dernier a été révoqué deux semaines plus tard.

Libéré la semaine dernière aux deux tiers de sa peine, Yahiaoui a répondu à InfoSud au téléphone : « Le gouvernement va certainement utiliser ma libération comme vitrine pour le Sommet. Mais, ici, nos lignes sont toujours régulièrement coupées, nous sommes toujours autant surveillés ». Pourtant, depuis peu les communications téléphoniques semblent plus faciles et le régime vient d’autoriser la libéralisation des radios locales, n’est-ce pas un signe d’ouverture ? « Seuls les proches des autorités peuvent avoir leur propre radio », tempère l’internaute.

Nomination controversée

L’OMCT s’inquiète aussi d’un autre fait concernant la Tunisie : la nomination d’un « ancien tortionnaire », le Général Habib Ammar, à la tête du Comité d’Organisation du volet tunisien du Sommet en 2005.

Lors du passage du général à Genève en septembre dernier, l’OMCT et TRIAL (Track Impunity Always, une ONG d’avocats qui veulent saisir la justice suisse suisses pour traquer les crimes contre l’humanité) ont déposé une dénonciation pénale au Procureur du canton de Genève. « Notre crainte est que Ben Ali utilise ce général comme ballon d’essai pour voir jusqu’où les gouvernements vont laisser faire pour le 2ème sommet, s’inquiète Christine Ferrier. S’il n’y a pas plus de réactions, Ben Ali comprendra qu’il a les coudées franches ».

InfoSud / Carole Vann

 
Republish | | Print |

Related Tags