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Media: Radio Suisse internationale a perdu sa voix et ses moyens en devenant Swissinfo

Rachad Armanios* - InfoSud

Berne, Jan 27 2004 (IPS) - L’ex Radio Suisse Internationale devenue Swissinfo réduit encore ses employés. Des collaborateurs craignent aussi que la qualité journalistique passe après le marketing. Le mot d’ordre swissness donne le look: parlez-moi de la Suisse, sinon rien.

L’avenir de Swissinfo, ex-Radio Suisse Internationale, est toujours un gros point d’interrogation! Le portail multimédia de la Société suisse de radiodiffusion (SSR) pour les Suisses de l’étranger conservera-t-il un travail journalistique indépendant et de qualité? Ou deviendra-t-il un simple support pour promouvoir la Suisse dans le monde?

La Radio suisse internationale sur ondes courtes, autrefois très appréciée dans le monde pour la qualité de ses programmes en français, allemand, italien, espagnol, portugais, anglais et arabe, subit depuis quelques années une lente descente aux enfers. Certains disent même un suicide programmé. Les causes semblent être à la fois des mesures d’économie et une absence de volonté politique pour faire entendre la voix d’un petit pays dans les cinq continents.

Début janvier, le directeur de Swissinfo Nicolas Lombard annonçait la suppression d’un quart des postes de l’entreprise, dans les rubriques en langues nationales et anglaise. De 35, ce chiffre descend aujourd’hui à 26 postes, rectifie-t-il.

Conséquences directes des économies décidées à Berne, ce dégraissage fait craindre à certains journalistes la disparition à terme de Swissinfo. En tout cas, la qualité de l’information baissera, écrivaient-ils le 8 janvier à Armin Walpen, directeur général de la SSR.

Business swissness

Depuis longtemps, la stratégie journalistique mise en place à la fin des années 90 par la direction ne fait pas l’unanimité au sein de la rédaction. Définie en anglais dans le texte par swissness (« suissitude »), cette stratégie «axe en priorité l’information sur notre pays, puisque nous avons pour mission d’informer nos expatriés et d’intéresser le monde à la Suisse», justifie Lombard. En grossissant le trait, on parle d’une catastrophe aérienne seulement si des Suisses y ont péri, caricature la journaliste Isabelle Eichenberger.

Cette politique est une bêtise journalistique, s’énerve un proche de la rédaction. Elle est appliquée de manière étriquée et prive les lecteurs d’un regard suisse sur le monde, critique un autre rédacteur de Swissinfo : «Les frontières n’ont pas de sens du point de vue journalistique. Peut-être du point de vue marketing…»

Justement, «swissness rime avec business, c’est un produit», démontre Eichenberger. On peut craindre qu’à l’avenir on privilégie une approche «touristique», dit-elle : «Mais la stratégie ne contredit pas notre mission et notre couverture de l’actualité reste de qualité.» Swissinfo n’est pas en décalage avec l’actualité internationale, ajoute Lombard.

L’anglicisation rampante des concepts ne plaît pas à tout le monde. Face au monstre du swissness, l’ex-rédacteur en chef de 24 Heures Jean-Marie Vodoz réagit à chaud : « Quelle lourdeur ! Ça pend comme une grosse mamelle… » La fondation qu’il anime (www.defensedufrancais.ch) aura encore du travail.

Swissness remonte à la reconversion de Radio suisse internationale en Swissinfo, intervenue vers 2000. «Face à la concurrence des radios libres, les ondes courtes étaient sans avenir, cette mutation nous a sauvés», explique Mme Eichenberger.

En sursis

Mais quid du mandat de Swissinfo de promouvoir la compréhension entre les peuples? Internet n’atteint de loin pas tous les villages de la planète, surtout en Afrique… «Nous avons perdu une large part d’auditeurs, regrette Lombard. Mais nos visiteurs proviennent de 130 pays et nous totalisons 6,2 millions de pages web lues.»

Le régime minceur va-t-il aboutir à une « info marketing» pour vendre la Suisse à l’étranger ? Non, Swissinfo restera un média de qualité répondant à ses missions, rétorque Lombard. Seulement, la stratégie journalistique devra encore s’affiner: «Le rythme du traitement de l’actualité baissera.»

En fait, tout dépendra des parlementaires qui discuteront en mars de la révision de la loi sur la radio et la TV. En question : l’obligation de la Confédération à cofinancer l’information pour les Suisses de l’étranger.

Mais comme toute augmentation de la redevance radio-TV semble exclue, la subvention fédérale de Swissinfo (18 millions), déjà biffée par les députés dans le programme d’économies, est en sursis: tant que l’obligation d’informer les expatriés subsiste, la SSR financera une partie (28 millions) de Swissinfo jusqu’en 2007.

Et après? Si les robinets fédéraux restent fermés, la SSR réaménagera son rejeton selon sa bourse, « car nous n’avons pas de garantie de déficit », prévoit sa porte-parole Josepha Haas. InfoSud/ Rachad Armanios

Lien : www.swissinfo.org

 
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