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Environnement: Vers une alliance entre ecologie et spiritualite

Daniel Wermus* - InfoSud

Genève, Jan 27 2004 (IPS) - Protéger la planète, personne n’est contre. Mais il manquait quelque chose pour que ça marche. Avec le livre « Approches spirituelles de l’écologie », un brainstorming international se prépare à Genève. Il réunit politiciens, scientifiques, théologiens, philosophes, journalistes…

Crise écologique ? On sait, mais on continue ! « Nous sommes conscients que notre mode de vie mène à une impasse, mais cette conscience ne nous fait pas changer. La croissance de notre mobilité motorisée est sans issue, mais on accélère : Avanti ! » Le théologien Lukas Vischer résume cette contradiction cardinale de notre monde. Comment déverrouiller notre conscience impuissante ? Huit auteurs de milieux divers – politique, religion, science, philosophie – tentent de donner des réponses dans le livre Approches spirituelles de l’écologie, présenté à la Maison internationale de l’environnement à Genève.

Il y a peu, le mot aurait fait fuir. Aujourd’hui, on se précipite à la présentation d’un tel livre, jubilent les initiateurs de ce débat de fond lancé comme un pavé dans la Genève internationale : l’Association Ecologie Economie pour un développement durable et le Réseau Environnement Genève qui regroupe 50 organisations. Le siècle nouveau annoncé par André Malraux – « Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas » – est arrivé. Mais en attendant que la spiritualité devienne source de sagesse politique… il faut encore approfondir la réflexion et les outils d’une action concrète. Un consensus déjà : ni intégrisme ni opium du peuple. Les auteurs prônent une spiritualité tolérante, solidaire, éclairante. Notre besoin de sens ne doit pas déraper.

Certains auteurs auraient tout de même souhaité un autre titre. Le pasteur genevois Joel Jakubek préfère le mot plus neutre de « valeur » : « L’éthique a des fondements logiques et rationnels, au-delà de la morale ou de la bonne volonté. » L’écrivain vaudois Christophe Gallaz ne veut pas frayer avec le fondamentalisme ou l’adoration. Mais il reconnaît que la dimension morale et méditative manque cruellement à notre société.

Patrice Mugny, lui, assume totalement le mot. Le conseiller administratif (exécutif) de la Ville de Genève, écologiste et catholique pratiquant, contribue à ce livre sous le titre : « L’écologie comme lutte contre l’indignité, une question de foi dans la perspective de la théologie de la libération. » Un système économique qui appauvrit des milliards d’êtres humains, et multiplie des besoins matériels à l’infini pour la minorité riche, n’a pas de priorité morale : « Dire que ça ne va pas est un acte spirituel ! », affirme le magistrat Vert en vantant les joies de la frugalité.

Arthur Lyon Dahl, ancien responsable scientifique de programmes environnementaux, a une spécialité : faire dialoguer tout ce qui est séparé : vie intérieure et vie extérieure, science et religion, Nord et Sud, matérialisme et spiritualité. C’est dans la foi bahá’í (d’origine persane) qu’il a trouvé la religion la plus écologiste. Quant au théologien Pierre Piguet, il fait le lien entre le récit biblique de la tentation du Christ et la fascination de nos sociétés pour l’avoir, le paraître et le pouvoir. Que faire donc ? Pour Lukas Vischer, la crise actuelle est tellement complexe qu’elle nous écrase : « Nous n’avons pas les forces intérieures pour y faire face. » Le premier pas est de reconnaître l’ampleur de ce qui nous menace. Comme le dit aussi Frédéric Paul Piguet, géographe et coordinateur du livre : reconnaître la dette que nous avons envers la nature. « La terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons », disent les Amérindiens. Mais pour « s’arracher » du matraquage publicitaire, du « modèle hollywoodien », des « télévangélistes » de la consommation, la partie est rude : « Hors d’un contexte spirituel fort et structuré (…) l’apprentissage du respect de la planète est voué à l’échec », conclut F.P. Piguet. La réflexion entamée à Genève (les initiateurs prévoient encore des cycles de conférences) sera poursuivie par la Décennie de l’éducation au développement durable lancée par l’Unesco dès 2005. Reste à trouver une articulation entre ces visions nouvelles et l’action politique.

Daniel Wermus

* Edition Charles Léopold Mayer, Fondation pour le progrès de l’homme, Paris, 120 pages. Rens. jac@iprolink.ch

 
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