Thursday, May 7, 2026
Daniel Wermus* - InfoSud
- Le journal ivoirien 24heures avait reçu à Genève le prix Presse et Démocratie pour ses efforts de dialogue. Il est réduit en cendres.
Tous les médias qui appelaient au calme et à la tolérance en Côte d’Ivoire ont été muselés. Ainsi les locaux de 24 Heures, lauréat du Prix Presse et Démocratie 2003, offert par la Tribune de Genève dans le cadre du Festival Médias Nord-Sud, ont été dévastés et brûlés par des « Jeunes Patriotes » jeudi dernier.
Ce quotidien, qui cherchait à rester au-dessus des clivages Nord-Sud, ethniques ou religieux alors que la plupart des journalistes ivoiriens avaient sombré dans un camp ou un autre, tente encore de diffuser quelques infos sur son site internet www.24heuresci.com. D’autres journaux indépendants ou d’opposition ont été saccagés ou interdits, rappelle Reporters Sans Frontières : Le Patriote, Le Libéral, Le Front, Le Nouveau Réveil, le Jour Plus, accusés de faire «l’apologie de la rébellion ». Souvent, les casseurs arborent des T-shirts favorables au président Laurent Gbagbo.
Quant aux relais qui diffusent Radio France Internationale, la BBC et Africa No1, ils ont été sabotés. Enfin Yakouba Kebe, un homme mesuré qui dirigeait la télévision ivoirienne à la suite des accords de Marcoussis, a été dégommé pour faire place à un militaire. Le pays est plongé dans l’ignorance des événements et la haine n’a plus de rempart.
« Une dérive à la rwandaise »
« La France, au lieu de détruire les avions de l’armée ivoirienne, aurait mieux fait de neutraliser les médias du régime. Ils tuent beaucoup plus que des Mirages. Nous avons maintenant une TV-Mille-Collines (réd. Allusion à la radio du même nom qui avait appelé au génocide des Tutsis du Rwanda) », s’inquiète un journaliste ivoirien qui s’affirme politiquement indépendant.
« Chaque matin, on se réveille en entendant des appels à descendre dans la rue pour « empêcher un coup d’Etat. En fait, ce sont des appels à la haine et à la terreur. La moitié des commerces d’Abidjan ont déjà été saccagés par des voyous », ajoute un chef d’entreprise ivoirien.
« Les braqueurs formés par la garde présidentielle font la loi. Cette terreur est là pour dissuader la communauté internationale de prendre ses responsabilités. Cessez de tergiverser ! Nous allons à grand pas vers une guerre civile à la rwandaise », redoute un autre journaliste.