Friday, April 17, 2026
Daniel Wermus* - InfoSud
- Alors que les débats entre gouvernements s’annoncent difficiles, Berne et Genève veulent mettre en place des dizaines de manifestations conviviales autour du Sommet qui se tiendra du 10 au 12 décembre
Au travail, à l’école, à la maison… ou pour la santé, pour le commerce, pour l’environnement : aucune activité humaine n’échappera aux TIC – alias les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Dans deux mois au Palexpo de Genève, les dirigeants de la planète tenteront de fixer des principes et des actions communes dans ce domaine très conflictuel. Le Sommet mondial sur la Société de l’information (SMSI), du 10 au 12 décembre, est aussi pour la Suisse un défi : c’est le premier grand rendez-vous onusien qu’elle accueille. Des voix pessimistes prédisent un flop ou un consensus mou. La délégation helvétique, elle, mise sur l’optimisme en annonçant plus de 120 événements publics qui “accompagneront et enrichiront” les débats du Sommet. Notamment une projection géante sur le jet d’eau !
Contrairement aux grands bastringues des années 90 (environnement à Rio, femmes à Pékin, etc.), le sommet de Genève, suivi d’une deuxième phase à Tunis en 2005, se veut d’un “nouveau type” : la société réelle – soit les ONG et l’économie privée – participeront activement aux travaux. Mais une pluie de critiques s’est abattue sur les préparatifs du SMSI : la société civile est exclue de certains enjeux sensibles ; le plan d’action prévu parle surtout de technologie, de lutte anti-terroriste et de marchés libéralisés, très peu d’étique, de diversité culturelle et de liberté d’expression ; on oublie un peu les médias traditionnels, la dérive commerciale et les concentrations de l’information ; la technologie à elle-seule ne permettra pas d’intégrer la majorité silencieuse des 80% d’info-exclus… “La négociation est dure, mais il ne faut pas sombrer dans la dépression”, rétorque Marc Furrer, directeur de l’Office fédéral de la communication et responsable de la délégation helvétique au SMSI. “La Suisse est très active, notamment pour inclure les médias et les contenus, et pour instaurer un vrai dialogue.” Berne est également prête à étudier la proposition sénégalaise de “Fonds de solidarité numérique” pour aider les pays les plus pauvres à accéder aux TIC. A condition d’utiliser de manière intelligente et non bureaucratique les ressources déjà disponibles, par exemple à la Banque mondiale.
Les principaux événements du SMSI étaient annoncés hier au Club suisse de la presse à Genève. La part du lion va au ICT4D (TIC au service du développement), organisé par la Direction du développement et de la coopération (DDC) : sous le slogan “Connecter les gens pour une vie meilleure”, 16’000 m2 de stands pour lancer des “partenariats et des actes concrets”, selon Walter Fust, directeur de la DDC. Par exemple : télémédecine entre Genève et le Mali, alphabétisation et dialogue entre citoyens et administration en Inde. L’interaction entre Etats, ONG et secteur privé (Microsoft, Swisscom, Credit Suisse…) est à la mode.
De son côté, le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) organisera un forum avec la Banque mondiale, ainsi qu’un atelier “e-business” avec la Chambre internationale de commerce. Quant au CERN, où est né le système de navigation internet il y a dix ans (www), il organise un colloque sur le rôle des scientifiques dans la société de l’information : cern.ch/rsis
Le Forum mondial des médias électroniques, animé par l’ancien directeur de la TSR Guillaume Chenevière, veut aussi traiter des questions négligées par les gouvernements au SMSI. Notamment : médias et violence, domination culturelle d’une certaine industrie médiatique, l’influence des médias sur l’agenda mondial… mais qui influence l’agenda des médias ? Auditeurs et télespectateurs du monde entier pourront participer en direct. Chenevière espère que les médias prendront mieux conscience de leur responsabilité, devenant à la fois plus indépendants et plus engagés au service de la société. Plus fantaisiste, le helloworldproject.com propose un dialogue virtuel mondial. Tout le monde pourra envoyer des messages sms ou des images qui seront projetés sur une falaise de Rio, le centre d’Air India à Bombay, le jet d’eau à Genève et peut-être le siège des Nations Unies à New York. Gare aux spams…
Le secrétariat exécutif suisse du SMSI se dit “submergé de propositions”. Pour donner une vue d’ensemble, un portail internet a été créé : www.wsis-online.net. Il assurera le suivi jusqu’à la deuxième phase de Tunis.
InfoSud/Daniel Wermus