Friday, April 17, 2026
Daniel Wermus* - InfoSud
- Pour le président sénégalais, si le Nord bloque le Fonds de solidarité numérique, les pays du Sud pourraient claquer la porte du SMSI.
“Nous devons tous travailler ensemble pour éviter que le Sommet de Genève débouche sur un échec comme à Cancún et que les pays du Sud, dépités, quittent la conférence en décidant de créer leur propre fonds”, a déclaré à InfoSud le président sénégalais Abdoulaye Wade.
Wade a précisé que si l’Union européenne et les Etats-Unis persistent à refuser d’inscrire son projet de Fonds de solidarité numérique (FSN) dans la Déclaration du SMSI, “nous créerons un fonds entre nous Africains, avec le soutien de pays arabes et latino-américains, voire de la francophonie. ” Le FSN a également l’appui des ténors du G-21 (Brésil, Inde, Chine), le groupe qui a constitué le poids du Sud à la réunion de l’Organisation mondiale du commerce à Cancún en septembre.
Le leader sénégalais, âgé de 77 ans, est un fervent adepte des nouvelles technologies de l’information: “Elles ne sont pas une mode, mais une révolution qui appellent des mécanisme nouveau pour gérer le monde”, a-t-il expliqué la semaine dernière au Sommet mondial des villes et des pouvoirs locaux réuni à Lyon en prélude au SMSI.
Wade dit avoir de la peine à comprendre les réticences du Nord (réd. Seule la Suisse tente actuellement d’obtenir un compromis permettant d’inscrire le FSN en précisant son caractère volontaire): “Les Européens ont d’abord cru que nous demandions des taxes pour financer le fonds.”
Des taxes minimes prélevées sur les factures de téléphone ou les achats d’ordinateurs au Nord sont jugées impraticables et impopulaires par les pays riches.
“J’ai passé des mois à expliquer que ce fonds serait volontaire, répète le président. Il ne s’adresse pas aux Etats, mais aux citoyens et aux entreprises: acceptez-vous de contribuer à la solidarité numérique? L’acheteur choisit librement s’il veut aider à réduire un fossé qui divise l’humanité. Pourquoi les Etats feraient écran entre leurs citoyens et nous?”
Le Nord justifie son attitude en disant qu’il existe déjà divers mécanismes de financement dans l’Union européenne ou les banques internationales de développement. Mais le ministre sénégalais de l’information Mamadou Diop Decroix rétorque que ces fonds sont difficiles d’accès et donnent peu de résultats.
Les Sénégalais précisent que le FSN doit être un mécanisme transparent adapté aux défis du 21e siècle: il serait alimenté et géré en commun par des firmes privées, des ONG et des collectivités publiques, et l’usage de l’argent pourrait être consulté en ligne par les citoyens. Wade souhaite que le FSN soit établi à Genève pour en garantir la transparence.
En plus, ajoute malicieusement le président, “les sommes collectées serviront à acheter des équipements aux industries du Nord et, finalement vous reprendrez l’argent et en échange, nous aurons des équipements et la formation. Les Américains appellent ça win-win!”
Wade cherche à convaincre des multinationales informatiques. “J’ai déjeuné récemment à Dakar avec le président de Cisco, qui s’est dit favorable au FSN. Je compte m’adresser aussi à Microsoft, aux Japonais, etc.”
De nombreuses villes et régions réunies à Lyon se sont déclarées prêtes à participer à un tel fonds. Le maire de Lyon, Gérard Collomb propose de s’inspirer du mécanisme de solidarité que sa cité a mis en place dans le domaine de l’eau : 2 centimes sont prélevés sur chaque mètre cube distribué aux ménages pour financer l’approvisionnement et l’assainissement dans des villes du Sud, en collaboration avec la Compagnie générale des eaux et la Lyonnaise des eaux.
Daniel Wermus (InfoSud)