Thursday, May 7, 2026
Daniel Wermus* - InfoSud
- Pour la 20e édition, la rencontre des professionnels des médias aura lieu dans un bâtiment de Genève transformé en plate-forme pétrolière. Le Festival s’internationalise et s’ouvre aux milieux financiers.
L’or noir, un monde de brutes. L’Algérie, pauvre à milliards. Mille litres nécessaires pour élever et transformer une vache en steak dans votre assiette. Si tous les Chinois consommaient comme nous, la Terre le supporterait-elle… Apprêté à toutes les sauces, le pétrole est le thème unique du 20e Festival international médias Nord-Sud, du 23 au 25 septembre à Genève.
Le Bâtiment des Forces Motrices, au bord du Rhône, sera transformé pour l’occasion en plate-forme pétrolière, avec sept maquettes géantes venues de Paris. Parmi les invités de marques, l’ancien ministre saoudien du pétrole Cheikh Yamani et le financier « contestataire » George Soros (en duplex de New York).
Le public – et notamment des classes d’élèves – est invité à un parcours didactique sur ce thème chaud qui concentre les angoisses planétaires : l’Irak, le terrorisme, le clan Bush en campagne électorale, les malheurs des pays pétroliers africains, la pollution et surtout l’après-pétrole.
Mais l’essentiel du programme (exposition, colloques, concours de films, émissions TV et radio) s’adressent à « trois cercles », indique Gilles Marchand, directeur de la Télévision suisse romande (TSR), principale organisatrice : les professionnels des médias, les enseignants et les milieux internationaux.
Style nouveau et partenaires privés
La manifestation a nettement évolué par rapport au style des débuts, marqués par un tiers-mondisme bigarré et critique envers l’industrie médiatique dominante. Aujourd’hui, elle s’inscrit dans la promotion du rayonnement international de Genève, en misant avant tout sur les médias électroniques (TV et radio) pour atteindre un large public.
Au fil des années, la TSR est devenue un poids lourd, en compagnie de partenaires institutionnels comme la Ville et l’Etat de Genève, la Direction fédérale du développement et de la coopération (DDC), l’Organisation internationale de la francophonie. La participation de la chaîne francophone TV5 et de l’Union européenne de radio-télévision favorisera une audience internationale. L’Institut universitaire d’études du développement (iuéd), l’un des piliers fondateurs reste partie prenante.
Le changement de cap est surtout marqué, cette année, par la création d’une Fondation pour le Festival international médias Nord-Sud, avec l’entrée d’importants partenaires privés : Fondation Wilsdorf, Fondation Arditi, Fondation pour Genève et la banque Mirabaud et Cie. Tous déclarent œuvrer dans le fameux « esprit de Genève ».
Le budget de la manifestation, autour de 700’000 francs, est en forte hausse (sans doute pour amplifier l’impact visuel), alors qu’on a resserré le menu : trois jours au lieu de cinq, 25 films présentés au lieu de 70, plus que trois prix au lieu de huit.
Le Festival a-t-il perdu le Sud ?
Le Festival aurait-il perdu le Sud en route ? Il n’y a que trois films de pays pauvres en lice, et plus de prix d’encouragement aux réalisateurs et journaux du Sud.
Le présentateur vedette de la TSR Jean-Philippe Rapp, dernier des « pères fondateurs » du Festival encore présent, s’en défend : « Après 19 ans, nous avons voulu recentrer, en proposant aux gens de réfléchir chaque année sur un enjeu majeur de l’humanité. Il fallait aussi se positionner par rapport à d’autres festivals présentant des films du Sud. Mais la dimension « développement » reste forte et nous espérons, à l’avenir, susciter des initiatives de producteurs du Sud, à condition d’annoncer le thème suffisamment à l’avance. »
De son côté, la Radio Suisse romande, qui a renforcé sa présence (8 émissions en direct), diffusera 50 reportages de radios africaines qui feront l’objet d’un prix.
InfoSud/Daniel Wermus
Information : www.nordsud.ch