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SMSI: La technologie n’est pas le remede miracle contre la pauvrete

Carole Vann * - InfoSud

Genève, Nov 21 2003 (IPS) - A trois semaines du Sommet de l’information à Genève, un ouvrage de 30 auteurs prend le contre-pied des discours dominants. Et propose des outils pour comprendre les relations humaines au 21ème siècle. Interview de Michel Egger, coordinateur du livre

Internet va-t-il changer la planète ? Du 10 au 12 décembre, se déroulera à Genève le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Ce premier sommet onusien sur sol suisse tentera d’établir les règles pour la communication entre les êtres humains au 21e siècle. Un ouvrage – avec CD-Rom contenant 1’200 documents et liens internet – publié par l’iuéd (Institut universitaire des études du développement) à Genève, donne des clés pour comprendre tous les enjeux des nouvelles technologies, mais aussi des médias traditionnels. Plus de 30 spécialistes du Nord et du Sud s’y expriment, en particulier les principaux acteurs en Suisse. Beaucoup mettent en doute le discours dominant sur la nécessité de combler – grâce au marché et aux techniques – la fracture numérique entre « info-riches et info-pauvres ». Interview de Michel Egger, coordinateur à la Communauté de travail des œuvres d’entraide et rédacteur-en-chef du livre.

Que recouvrent les notions de « société de l’information » et « fracture numérique », incontournables du Sommet de Genève ? La « société de l’information » est une notion mal définie. Elle évoque l’idée que l’humanité, avec Internet et les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC), serait entrée dans une nouvelle ère de son histoire, marquée par la circulation sans frontière de l’information et des savoirs. La « fracture numérique » renvoie au fait que 90% des êtres humains sont exclus de ces réseaux de communication électronique. Sur 10 Suisses, 7 ont un ordinateur et 5 surfent sur le web. En Afrique, 1 habitant sur 130 a un PC et 1 sur 150 accès à internet. De plus, les tarifs de connexion sont dans les pays en développement prohibitifs – jusqu’à 280% du revenu mensuel moyen d’un Népalais, contre 1,5% dans nos contrées.

Selon déclaration du Millénaire de l’ONU, les TIC peuvent accélérer le développement durable et la lutte contre la pauvreté : il suffit de combler le fossé numérique… C’est, hélas, ce que laisse croire le discours dominant, centré sur la technique et marchand. Ce n’est pas si simple, car le fossé numérique est en réalité le produit d’une fracture plus profonde et globale, celle des inégalités sociales et économiques croissantes liées à la mondialisation. L’accès matériel et technique aux réseaux ne suffit pas à construire des savoirs. Il faut donc permettre aux populations locales – au Nord comme au Sud – de produire leurs propres contenus et développer eux-mêmes l’usage des TIC et de l’information avec leur propre créativité.

Au fond, c’est d’abord un enjeu culturel ? Absolument. Plus on aura les mêmes technologies, réseaux, ordinateurs, logiciels à travers le monde, plus il sera nécessaire de défendre et promouvoir la diversité des peuples, des cultures et des modèles de sociétés. C’est pourquoi, au-delà de l’accès, l’un des enjeux majeurs pour les pays du Sud (et de nos pays aussi), c’est de leur permettre de s’approprier ces TIC et ces réseaux, pour en user selon leurs besoins. Et selon leurs spécificités linguistiques et culturelles.

Les TIC ont-ils modifié les approches de la coopération et du développement ? Pas vraiment. On a bien quelques projets-pilotes prometteurs : au Tamil Nadu (Inde), des « cybercentres » offrent à des paysans et pêcheurs des informations vitales. Au Sénégal, la synergie entre des radios rurales et une institution spécialisée dans la télédétection satellitaire permet de lutter plus efficacement contre les feux de brousse, etc. Mais dans l’ensemble, les pratiques ne sont pas à la hauteur des discours. A de rares exceptions, tout se passe comme si les « développeurs » – en particulier les organismes internationaux – restaient dans les vieux schémas, où les besoins des sociétés en développement (« ceux qui n’ont pas ») sont définis par rapport aux sociétés développées (« ceux qui ont ») et en fonction d’un retard à combler. Avec toutes les illusions que cette théorie du rattrapage comporte.

Propos recueillis par Carole Vann / InfoSud

Société de l’information et coopération internationale : développement.com Annuaire suisse de politique de développement 2003, vol. 22, n°2, Genève, iuéd env. 250 p. & CD-Rom multilingue. www.iued-wsis.org (en quatre langues)

 
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